Témoignages

Violence conjugale : le témoignage de Virginie, aujourd’hui libre et heureuse

17 août 2018

C’est avec une immense joie que je partage avec vous l’histoire d’une belle rencontre inspirante. Grâce à la magie d’internet, j’ai eu la chance de rencontrer Virginie, une su(pe)r vivante qui a surmonté des violences conjugales. Auteure du blog « Une chose par jour », elle va très bien aujourd’hui et témoigne de son parcours de résiliente.


Quand j’ai découvert le blog d’Anya et que j’ai lu ses textes, j’ai immédiatement su que nos chemins ne se croisaient pas par hasard. Dans ses lignes, je rencontrais un message d’espoir et de positivité bienveillante que j’ai, moi aussi, à cœur de transmettre. Nos parcours sont très différents. Anya partage ici comment elle a transcendé un événement unique et dramatique, le viol commis par une personne qui lui était inconnue. Mon histoire est celle de l’abus psychologique, puis physique, qui s’est installé dans mon couple au fil de 15 années. Mais le plus important, c’est l’espace mental similaire dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui : celui de la résilience, de la connaissance de soi, de la sérénité et du partage.

J’ai quitté la relation qui m’a tant fait souffrir en 2003. J’ai mis du temps à me reconstruire. Je l’ai fait d’une manière assez désordonnée, avec quelques hauts et beaucoup de bas. Internet n’était pas ce qu’il est aujourd’hui, l’accès à l’information et aux ressources était difficile. Les bouches étaient encore solidement cousues. Mais j’ai rencontré des livres. Des livres sur la violence conjugale, comme ceux de Marie-France Hirigoyen, mais surtout, des livres écrits par des pionniers du développement personnel, comme « Le chemin le moins fréquenté » de Scott Peck. Ce livre, que j’ai relu depuis, me semble presque archaïque aujourd’hui et pourtant toujours aussi authentique. Le message était passé : la solution était en moi.

Alors, j’ai appris à observer mes pensées, à méditer, à prendre la responsabilité de ma vie, dans tous ses aspects, à ne plus laisser d’autres diriger mes comportements ni mes humeurs, à préférer la solitude à une mauvaise compagnie et à choisir l’amour pour tout ce qu’il a de merveilleux, et pour rien d’autre.

 

J’avais 25 ans…

… quand j’ai rencontré J. J’avais la vraie assurance des filles qui manquent de confiance : le succès professionnel et l’argent, le bon look dans les bonnes fringues, le caractère trempé et extraverti. À l’intérieur, tout était beaucoup plus bancal, mais je ne le savais pas. L’éducation très rigide que j’avais reçue m’avait donné un bon diplôme et quelques valeurs, mais aucun repère. Je suis tombée amoureuse d’un homme qui était fou de moi. Il venait de quitter sa femme et un bébé de moins d’un an. Ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais ça n’a pas été le cas. J’étais bien naïve.

Nous avons monté la première de nos entreprises, nous étions un duo d’affaires parfait, l’un poussait quand l’autre tirait, l’un avait la tête dans les étoiles quand l’autre plantait des racines dans le sol. Nous aimions faire la fête pour décompresser et parce que ça faisait partie du boulot (… les excuses qu’on s’invente !) Beaucoup de fêtes. Avec, parfois, beaucoup d’alcool. J. tombait dans des extrêmes de temps à autre. Ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais ça n’a pas été le cas. J’étais bien naïve.

 

Mon père m’avait bannie de la famille…

… car il était outré par mon choix amoureux. Ma mère gardait un lien en m’écrivant en secret, ce qui en dit long sur le méli-mélo familial d’où je viens. Les quelques fois où je me suis demandé si ma relation avec J. était « normale », j’étais complètement seule. À l’étranger, sans l’aval de ma famille, un peu paumée, je n’imaginais pas rentrer chez mes parents la tête basse pour un énième « on te l’avait bien dit ». Et puis, avec J., nous avions une vie géniale. Nous bossions comme des fous et nous amusions comme des fous. Il y avait des bas, mais les hauts, les hauts… comment dire ? Des hauts passionnés, exubérants, grisants… des hauts vraiment hauts.

Je suis tombée enceinte, mon père m’a dé-bannie et je me suis mariée. Une des plus belles journées de ma vie. Une des pires nuits. Ma grossesse a été le catalyseur de la violence (comme pour de nombreuses victimes de violence domestique, ce que je sais maintenant). J’ai passé ma nuit de noces seule, J. buvait avec ses copains. Je me suis sentie abandonnée, mais lâche-t-on son mari de 24 h pour cela ?

C’était la crise économique, et nous nous sommes installés dans sa Finlande natale. Nous avons recommencé du bas de l’échelle et remonté une entreprise qui grandissait à toute allure. Nous avons eu un deuxième enfant. Quand tout allait bien, tout allait vraiment bien. Les hauts étaient hauts, il m’aimait, je l’aimais. Mais le dénigrement s’était installé pernicieusement. Je ne savais pas que ça, déjà, c’était le début de la violence conjugale. Je ne faisais jamais rien comme il fallait, j’étais trop ci, pas assez ça, je ne comprenais pas les mœurs du pays, personne d’autre que lui ne me supporterait… Ses colères me terrorisaient. Comme celles de mon père autrefois. Avec l’éternelle incompréhension.

 

Je n’ai jamais bien compris ce que je « faisais de mal »…

… pour mériter le courroux des hommes de ma vie. Alors, j’ai continué à croire que le problème, c’était juste moi. Ce que « j’étais ». Je ne comprenais rien à la vie, rien aux autres. Ah… si seulement je faisais plus attention, si je réfléchissais davantage avant de parler, si je ne le provoquais pas en disant quelque chose de travers, si je ne répondais pas, si je ne me défendais pas… Des remises en question, nous en avons eu. Plein. Et chaque fois, il y avait un mieux. Il sortait moins, il faisait des choses avec nous, on s’amusait, il s’impliquait dans la famille… j’y croyais. Tous ces aller-retour, ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais ça n’a pas été le cas. J’étais bien naïve.

Et puis, lentement, mais sûrement, ça dérapait de nouveau. On revenait au point de départ, on le dépassait même. (Ce schéma cyclique est typique de la violence conjugale.) Maintenant, il me poussait contre le mur. Il me courrait après. Je me cachais dans le débarras. Il secouait son poing levé ou me le collait sous les yeux en me crachant dessus tellement il hurlait. Ça faisait vraiment peur. Ou alors, il ne rentrait pas de la nuit. J’attendais l’appel de la police, de l’hôpital, de la morgue. J’ai failli partir en secret avec les enfants. Il s’en est aperçu. Il a accepté qu’on aille en thérapie de couple. On a un peu parlé de l’alcool. Au bout de quelques mois, ça allait mieux, on a arrêté. On n’avait pas abordé le problème de la violence. Mais j’avais enfin compris que mon mariage ne serait peut-être pas éternel. Que ce n’était peut-être pas ça, les bases du bonheur. Qu’il fallait que je crée ma propre vie.

Je me suis impliquée dans l’École française, j’ai mieux appris la langue, j’ai réorganisé nos finances, je me suis fait des nouvelles amies, j’ai revu la thérapeute, toute seule. Il a continué pareil, toujours un peu plus loin, un peu plus méchant, un peu plus intolérant, impatient, agressif, menaçant. Il me faisait peur, m’insultait, me menaçait. Physiquement. Ou bien il promettait de m’envoyer chez les fous, de prendre nos enfants. Ses sorties impactaient son travail, les décisions qu’il prenait, les gens avec il choisissait d’être. Je me voyais sur une pente glissante. Et un jour, au milieu de rien, j’ai tout à coup pensé : « J’élève peut-être deux orphelines ». J’ai compris que les enjeux étaient trop graves. Quelques mois après, nous divorcions.

 

Le moment le plus dangereux…

… c’est la séparation. Depuis que je suis bénévole, formée dans une association de soutien aux victimes de violence conjugale, et coach, je le sais. Mais en 2003, je ne le savais pas. Nous avions décidé que je restais habiter dans la maison avec les enfants. Quelques semaines après son départ, il est venu avec un copain chercher des affaires. Il était de mauvaise humeur. Il était aussi venu « me » chercher. Nous avons commencé à nous disputer, de plus en plus fort, il m’a poussée, je me suis mise à hurler, le copain a pris la poudre d’escampette (j’ai mis des années à comprendre), il m’a poussée sur le lit, jeté le plaid orange dessus. À cheval sur moi, il serrait ma gorge. Et le temps s’est arrêté. Je voyais la lumière orangée, presque douce, à travers les mailles du plaid et je n’entendais plus rien. Puis, tout à coup, j’ai réussi à le repousser, il avait sans doute compris ce qu’il faisait, il a continué de me courir après, j’avais trouvé mon portable. Pour la première fois, j’appelais la police. Quelqu’un au bout du fil suivait notre course poursuite, les portes qui claquaient, les hurlements, les meubles qui se fracassaient au sol, le verre cassé…

Et tout à coup, le copain l’a appelé, l’a fait sortir. Ils sont partis. C’est ce que j’ai dit à la police : « Il est parti » et j’ai raccroché. Je n’ai jamais donné mon adresse.

Une amie est venue. Je suis allée faire constater les marques sur mon corps chez un médecin. Quelques jours après, j’ai été demander à la police quels étaient mes droits, qu’est-ce qui se passait si je portais plainte, quel était le délai de prescription et, informée, j’ai décidé d’attendre. De prendre du recul. De me calmer. D’aller mieux. D’être plus forte.

 

Remonter la pente…

… m’a pris du temps. J’ai continué à chercher une solution en dehors de moi, quelqu’un qui m’aimerait comme j’étais, alors que je ne m’aimais pas moi-même. J’ai rampé pendant des années pour avoir l’argent dû aux enfants. J’ai créé ma propre affaire, dans les arts, et j’ai investi dans mon rôle de mère. Et puis j’ai commencé le yoga, découvert le développement personnel, arrêté l’alcool, accepté ma solitude. Et ensuite, j’ai accepté toutes mes responsabilités dans notre histoire. Pas les siennes, juste les miennes. Et enfin, je me suis acceptée.

Depuis ma vie s’est transformée. Je suis en paix avec mon passé et avec J. Il était mon passage obligé, ce qui ne m’empêche pas de condamner toutes les formes de violence. Mes filles sont grandes et nous sommes très proches. Je me suis remariée avec un homme équilibré et gentil que, dans mon ancienne vie, je n’aurais même pas vu. Ma vie est géniale. Il n’y a pas de hauts et de bas, c’est bien tout le temps.

 

Je veux partager…

… ce que j’ai appris avec le plus grand nombre de femmes qui sont dans des situations similaires et qui subissent la violence conjugale ou d’autres relations abusives. C’est pour cela que je rédige mon blog. Je l’ai appelé Une chose par jour, parce que c’est comme ça qu’on avance. C’est aussi pour cela que je continue de me former, que j’écris, que j’accompagne, que je développe des solutions différentes, et pour cela, Internet est génial. Il nous permet de former une grande chaîne, avec laquelle nous, qui nous en sommes sorties, pouvons tirer pour hisser les autres. Pour leur donner des idées, des ressources, de l’inspiration. Pour leur montrer, par notre exemple, que non seulement, c’est possible de s’en sortir, mais qu’en plus, ça en vaut vraiment le coup.

 

Virginie (France, Finlande, et ailleurs)

Auteure du blog Une chose par jour, Virginie partage des conseils et outils pour se libérer des relations toxiques, abusives ou violentes et se reconstruire. Elle revendique pour chacune la liberté de choisir le chemin qui lui convient pour reprendre le contrôle de sa vie.

 

De l’amour à la haine

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