Témoignages

Il a cru me détruire, je suis devenue invincible

3 octobre 2018
renaissance

C’est avec beaucoup d’émotions que je publie le témoignage bouleversant de Cécilia, une résiliente qui a surmonté son passé et nous donne une belle leçon de vie. Ma chère Cécilia, au nom de toutes les résilientes et celles en devenir, merci du fond du cœur pour ta confiance et pour ce magnifique message d’espoir que tu partages avec nous ♥


J’ai subi des viols dans mon enfance par une personne de ma famille, certaines personnes étaient au courant, ou se doutaient mais ont préféré laisser faire, plutôt que de me protéger, laissant en moi un silence de plomb, et qui ne me permettait pas de prendre en compte ce mal-être qui m’envahissait.

J’ai tout enfoui, tout oublié, jusqu’à ce que tout remonte, comme un film qui passe devant mes yeux me laissant comme ce qu’il m’avait fait subir, une personne vide, à qui on arrachait la vie. Pourtant j’avais déjà construit une famille, mais ce passé, n’ayant pu être pris en charge, prenait toute la place dans mon esprit, détruisant tout ce que je m’étais permise de construire jusque-là.

J’ai commencé à mettre des mots sur mes maux, puis j’avais ce besoin de remettre toute la vérité où elle devait. Malgré toute cette culpabilité et cette honte qui m’envahissait, mon besoin de hurler grandissait, j’ai écrit au monstre de mon enfance, j’avais ce besoin de lui dire « plus jamais je ne serai ton jouet ». Je pensais que mes mots resteraient sous silence, et j’avais envoyé le même courrier à ma grand-mère pour que tous deux sachent que je ne garderai plus le silence. Quelques temps plus tard, j’ai reçu une lettre de l’avocat du monstre de mon enfance, me mettant en garde : « si je continuais à tenir de tels propos, monsieur, portera plainte contre moi pour diffamation ». Je l’ai subi, vécu comme une nouvelle humiliation, un sentiment de « j’aurai toujours ma toute puissance sur toi ». Je ne pouvais plus supporter, accepter cette peur qui me prenait toute entière, j’ai donc décidé de porter plainte.

J’ai eu cette chance d’être accompagnée par une avocate en or, cependant la justice est lente, chaque courrier me tétanisait instantanément. J’avais un besoin d’être entendue, crue, puisque enfant, je n’ai pu faire entendre ma voix. Porter plainte n’était qu’à mes yeux lui montrer que je n’étais plus sa chose, et un besoin de ne plus me sentir coupable de ses actes.

Je devais être entendue pour la première fois en juin 2013. Le matin même de l’audition, le téléphone a retenti. « L’audition est repoussée mais je ne peux vous donner une nouvelle date ». A cet instant, je me suis sentie totalement désabusée, abandonnée, j’avais attendu cette date, je me préparais, enchaînant les insomnies, les angoisses… Pour, encore une fois, me sentir abandonnée au bord du chemin, remettant en question ma souffrance, ma douleur, la gravité des faits. Je me suis totalement écroulée, et j’ai été hospitalisée quelques semaines et j’ai repris une vie « normale », en masquant la douleur que j’éprouvais.

La douleur, devenue trop intense, je me suis enfermée de plus en plus dans mes idées noires, jusqu’à ce que je me mette à préparer mon suicide. J’avais décidé de l’endroit, de comment j’y parviendrais pour arrêter cette douleur puissante, il en était devenu mon seul moyen, et me réconfortait dans cette pensée : « mon mari et mon fils ne pourront jamais vivre avec une personne telle que moi ».

Un matin j’ai appelé mon lieu de travail pour dire que j’étais malade, puis mon frère pour qu’il m’emmène en HP. J’étais déterminée. J’ai préparé mes affaires avec un calme qui me glace le sang aujourd’hui. J’avais déjà vécu une hospitalisation, j’ai caché chaque boite des médicaments qui me restaient, sachant ces médicaments puissants, pour me rendre à nouveau dans ce lieu. Arrivée, l’infirmière m’a fouillée. Une boîte est tombée de mon pantalon. Je me suis dit si elle trouve… Mais elle n’a pas entendu et j’ai posé mon pied dessus. J’ai attendu des jours entiers, des nuits entières à lutter contre les effets de leur merde. J’ai pu augmenter la dose. Jusqu’à ce que… Je sache. Déjà bourrée de médocs, j’ai pris les autres cachets. J’avais presque atteint mon but. J’ai effleuré la mort.

Je n’avais plus foi en rien parce que ce passé m’avait anéantie et que j’avais cette sensation de tout revivre, sans pouvoir le contrôler, sans pouvoir l’arrêter, rejouant de mes actes passés. Je me suis réveillée en train de baver. J’avais perdu la voix. Mais j’ai appris un tas de choses depuis. J’aurais pu mourir et pour je ne sais quelle raison je suis revenue. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps en vivant ce réveil brutal. Cette douleur, la même douleur que ce qu’il m’a fait. Ils ont cru que j’étais droguée. L’un d’eux me hurlait dessus. J’étais en colère d’être en vie. Et puis une femme que je pensais me détester ou en tout cas, avec qui je me sentais inférieure est venue me voir en HP après ce terrible acte. Elle m’a fait un choc. En me voyant elle s’est totalement effondrée.

J’ai réfléchi. Et j’ai compris. Je devais me battre. Son état à elle… mon fils… mon mari dans quels états étaient-t-ils ? Et j’ai enclenché. Rendez-vous psy intense. Travail sur moi, sur mes émotions, tout défier, surmonter mes peurs. Je me suis fait mal par moment à repousser mes limites pour atteindre mon but. Mis bout à bout. Et puis je me suis mis mes challenges. Toujours plus.

Grâce à mon travail avec l’EMDR en étant vigoureuse. J’ai appris à ne plus rien cacher, à exprimer chacun de mes sentiments, à me débarrasser de tous mes poids. Cela a été intense en émotions. Toute cette honte et cette culpabilité à désamorcer. Mais à chaque fois une petite fierté s’installait et me projetais sur un nouveau défi.

Aujourd’hui je suis fière. Fière de ce que j’accomplis. Je n’ai plus autant peur de l’échec parce que je renforce cette fierté. Et j’ai pu me rendre compte à quel point j’étais aussi capable de faire du bien.

Je voyais mon psy toutes les semaines et je disais même qu’il me connaissait mieux que moi-même. Parce qu’il était le seul à qui j’ai donné ma pleine confiance. Pour moi, ce mec, est un dieu. Il m’a aidé à un tel point. Mais j’ai compris que tout ce travail, c’était grâce à moi. Il m’a écoutée et je reprenais vie en m aidant à travailler sur mes émotions mais pas uniquement, je m’accordais peu à peu, à prendre du plaisir dans ma vie de tous les jours. Je reprenais goût peu à peu des choses de la vie, en me permettant de faire des choses pour moi. En prenant le temps, de soigner mes plaies.

En reprenant le travail, à ma sortie d’hôpital de jour, où je suis restée plusieurs mois, et que j’ai décidé de quitter en étant certaine d’avoir trouvé assez de force pour reprendre ma vie en main, et retrouver mon travail, je suis tombée enceinte. Une merveilleuse petite fille est née en 2016.

Aujourd’hui pour moi tout cela appartient au passé. Je suis fière. Tellement fière de la femme que je suis devenue. Une mère de deux véritables merveilles, l’épouse de la personne qui m’a donné l’espoir de tenir, qui m’a donné la plus belle raison de me battre, et cette autre, cette petite fille, celle intérieure en moi que j’ai appris à détester, à devenir ce qu’elle veut. Qu’elle n’y est pour rien. Et qu’elle finisse par être heureuse.

C’est ce droit que je me donne. Ce passé ne me fait plus autant souffrir. Il n’est qu’une page que je tourne. Ce passé devient ma force. Ma véritable force parce que je sais que j’ai survécu au pire tellement le viol déchire tout de l’intérieur. C’est tellement violent. Mais la page se tourne. Je ne changerai pas mon passé, je ne regrette plus aucun de mes choix, ou encore toute cette souffrance, parce qu’aujourd’hui je sais. Je me suis dépatouillée comme je le pouvais. Avec mes moyens, et ce que l’on avait installé en moi. J’ai dû retravailler toute ma confiance. C’est long mais ça vaut tellement le coup. J’ai appris ce que c’était le vrai amour.

Et ma souffrance a pris toute la place très tôt, dès le premier viol. Ça a fait grandir beaucoup de choses en moi. Je ne voyais pas l’amour qu’ils avaient pour moi. Je ne voyais plus rien. Et grâce à ce travail sur moi j’ai pu me rendre compte que je leur apportais des choses. Petite chose par petite chose j’ai reconstruit mes morceaux brisés en moi. J’ai vu tout leur amour, ils m’ont fait rire. Tellement rire tout à coup. Je n’ai plus eu cet esprit de garder la tête la dedans.

Pourtant j’arrivais au procès. Avec tout mon stress Mais j’avais entamé cette démarche de reconstruction. Ça a été violent. Mais malgré tout je me suis battue. Et au procès bien que stressée évidement, je ne me sentais pas anéantie. Peur mais j’étais préparée à la fois. J’étais certaine qu’il serait retenu non coupable. Je savais que quoi qu’il arrive je devais continuer parce que cela m’a permis de me rendre compte que même non coupable, je savais, je connaissais la vérité et que malgré la justice c’était mon sentiment qu’il fallait que j’arrête de mettre en doute.

C’est difficile parce que je ne sais pas expliquer c’est comme un scanner, qui reprend tout comme passer au scribe pour se débarrasser de toutes ces émotions qui nous assassinent. Et ensuite c’est comme si notre histoire était rangée dans un tiroir. Elle ne fait plus mal. Ce n’est plus une boîte fermée dans la tête. Juste une boîte mise dans un tiroir que je peux fermer ou ouvrir comme bon me semble. Le monstre de mon enfance ne pourra plus me détruire. Plus jamais. Je n’ai plus autant peur de l’échec parce que j’ai construit, je me suis adoucie, plus de haine ou de colère. Ou juste modérément dans un moment où il l’a faut pour se dépasser et aller chercher encore plus loin.

Je fais le bien autour de moi. Comme on me fait du bien. Ça me prends les tripes de voir mes amis, ma famille, partir à rire aux éclats. De partager des véritables moments de partage et de fous rires. Ça fait tellement de bien d’entrouvrir la porte des sourires, des rires et se rendre compte qu’on participe à leur bonheur comme il participe au notre.

Mon histoire avec toute sa souffrance elle m’a rendue cette autre qui se dépasse dans ce que j’ai envie de faire. Faire du bien autour de moi. Parce que je reçois aussi beaucoup d’amour. Aider les victimes pour moi c’est plus qu’important. J’aimerais tellement leur donner ma vision aujourd’hui. Peut-être que tout n’est pas tout à fait réglé. Mais ce n’est plus gênant, j’ai retrouvé un sommeil réparateur. Je ne joue plus avec la nourriture. Je ne m’autodétruis plus du tout. Je n’ai plus aucune crise.

J’ai appris à supprimer tout ce qui pouvait me blesser. Pas à pas. A m’accorder l’importance que je mérite en m’écoutant, en cherchant de l’aide lorsque je ne trouve pas les ressources nécessaires pour réagir, et trouver une vie sereine, que j’aime, et que je refuse d’abandonner, mais au contraire, en continuant à me dépasser, à retrouver tout de mon identité, et ne plus laisser personne me faire douter de mes valeurs.

Cécilia (France)

 

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