Témoignages

J’ai pris mon envol doucement mais sûrement

19 novembre 2018
vol oiseaux

Découvrez le témoignage d’une résiliente qui partage avec nous son chemin de vie après un viol. Merci Ransa pour ta confiance et pour ce magnifique message d’espoir que tu nous transmets à travers tes mots ♥


J’ai souhaité partager avec vous aujourd’hui mon témoignage car je m’en suis sortie, doucement mais sûrement. J’ai appris à me reconstruire durant une dizaine années. Cela a peut-être pris du temps, mais je sens aujourd’hui libérée, forte et courageuse. Je partage donc avec vous mon témoignage pour vous montrer que vous n’êtes pas seule, que la honte ne doit pas être de votre côté, et qu’avec le temps, je ne doute aucune seconde que vous redeviendrez une femme résistante, rayonnante et forte.

J’avais à cette époque 15 ans ou peut-être 16 ans. C’était un voisin marié, avec des enfants, l’homme « bienveillant », protecteur du voisinage, qui ne ratait pas une seule prière et  qui a même participé à des repas avec notre famille. Comme quoi il faut arrêter de croire au mythe du profil-type du violeur (inconnu, armé, venant d’un milieu social populaire, ou encore n’ayant pas du tout de moyen d’avoir des relations sexuelles).

Cet homme allait bientôt déménager pour des raisons personnelles. Sa femme et ses enfants ont déménagé dans un premier temps, tandis que lui allait les rejoindre après quelques semaines.

En rentrant un soir du collège à pied, il s’arrêta en voiture pour me proposer de me raccompagner. N’ayant aucun doute sur sa bienveillance, je suis montée, rassurée de ne pas avoir à marcher 15 minutes à pied. Le trajet commençait à devenir plus long que prévu, peut-être qu’il avait des courses à faire? Je ne me posais pas de questions.

Soudain, il s’arrêta près d’un chantier. Je le regardais, il avait un regard malveillant et pervers. Je n’ai pas compris ce qui allait arriver, mais je savais que cela ne présageait rien de bon. En effet, il me forçat à revenir en arrière de la voiture. Le lieu étant désert, je savais que je n’avais aucune chance de m’en sortir. Je n’ai pas pu me débattre non plus, n’ayant pas d’une part sa force, et d’autre part, et ne cherchant qu’à m’en sortir vivante. Je l’ai donc laissé faire. (D’ailleurs, cette réaction est normale et  ça s’appelle sidération traumatique pour les intéressé(e)s. Ce n’est pas donc votre faute si vous l’avez laissé faire !). J’ai donc pleuré pendant la sodomie que j’ai subie en ne faisant pas de bruit de peur qu’il me frappe.

A la fin de l’acte, il monta devant et m’invita à faire pareil. Il rajouta également : « T’as vu, je t’ai rendu service en ne pénétrant que ton anus. Au moins, tu resteras vierge ». Car c’était dans un pays arabe, où la virginité des femmes est essentielle pour le mariage.

C’était le plus long trajet de retour de ma vie. Arrivée chez moi, je n’en ai parlé à personne vu que la sexualité est un sujet tabou et que j’avais peur qu’on remette en cause ma parole, que les conséquences soient violentes, ou encore qu’on me culpabilise (alors que je mettais un uniforme d’école, un pantalon, un tricot et des tresses. C’était donc loin du mythe « aguicheur » de la victime. Sachant que bien sûr qu’importe nos habits, la cause reste uniquement le violeur !)

J’ai vécu par la suite dans une peur de le croiser, qu’il vienne chez nous. L’épreuve de descente et montée d’escaliers était pénible, jusqu’au jour où mon père m’a appris qu’il avait déménagé définitivement et qu’il y avait de nouveaux voisins.

Cette expérience m’a fait vivre dans des peurs. J’ai eu besoin d’une dizaine d’années pour me rendre compte que la honte devait changer de camp, que ce n’était pas de ma faute. Je n’en ai parlé à personne au début car je n’avais pas confiance en la bienveillance des gens, mais je vous encourage à le faire si vous avez des gens de confiance et à l’écoute autour de vous. En parler, à des gens de confiance, dans le cadre d’un groupe de parole, avec des professionnels à l’écoute (psys, Viol femmes informations, Violences faites aux Femmes, etc. ) vous aidera à vous reconstruire et à libérer la parole.

Faites également attention à l’entourage toxique. Si vous vous confiez à quelqu’un et qu’il vous culpabilise, ne l’écoutez pas ! Ses propos sont faux et malveillants. Aussi, si vous racontez votre viol à un homme et qu’il essaie de défendre la cause masculine au lieu de vous écouter (le fameux #NotAllMen où la personne sera plus dans une optique de vous demander de ne pas mettre les hommes dans un même panier suite au viol, que de plutôt vous écouter), évitez-le également. S’il voulait vous écouter bienveillamment, le minimum serait de ne rien dire et d’avoir de l’empathie, au lieu de chercher à défendre la cause masculine pendant que vous partagez votre oppression. Un autre conseil qui m’a aidé, faites-vous plaisir, que vous aimez l’écriture, la danse, le sport ou n’importe quel loisir, foncez !  C’est salvateur et çà vous aidera à revivre.

Pour conclure, si vous avez vécu une telle expérience, n’oubliez pas que vous n’êtes pas seule, que vous pouvez en parler quand vous vous sentirez prête aux bonnes personnes. Faites-vous plaisir, et n’oubliez pas que vous êtes courageuse et forte d’avoir subi cette violence, de s’en sortir et de reprendre le rythme de la vie.

De mon côté, je me sens mieux aujourd’hui. Cette expérience m’a poussée à avoir de l’empathie envers les victimes des violences sexistes et sexuelles, à remettre en question les pratiques patriarcales de la société et à agir. Je me suis d’abord penchée sur des livres féministes engagés. Ces derniers m’ont ouvert les yeux sur plusieurs thématiques, comme le sexisme ordinaire, les mythes sur la sexualité féminine mais surtout sur la thématique du viol. C’était certes que des feuilles, mais la sororité transmise à travers ces livres m’a redonné confiance en moi, et m’a rendu plus forte petit à petit. Ces livres engagés m’ont accompagné sur toute ma reconstruction, depuis la phase où j’étais blessée, seule et déboussolée à la phase où je me sentais puissante d’avoir survécu à tout ceci et d’avoir repris ma vie en main.

Par la suite, j’ai souhaité agir à mon tour en rejoignant des associations féministes. Militer auprès de femmes se battant pour la même cause est sans prix ! J’ai également décidé de me lancer dans le sujet du viol conjugal en lançant un blog sur ce sujet si invisibilisé et banalisé par la société.

Je tiens finalement à remercier la belle Anya pour son engagement auprès des victimes de viol.  Merci pour cette sororité, cette bienveillance et tous ces efforts !

 

Ransa


Numéros utiles :

Viol Femmes Information : 0800 05 95 95 (lundi – vendredi, 10h – 19h, appel anonyme et gratuit)

Violences Femmes Info : 39 19 (appel anonyme et gratuit, 7 jours/7, 9h – 22h du lundi au vendredi et 9h – 18h les samedi, dimanche et jours fériés)

Pour partager votre histoire, merci de m’écrire à : anya@lesresilientes.com 

 

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2 Comments

  • Reply Nat 23 novembre 2018 at 01:00

    Quel texte émouvant… Et des conseils si pertinents. C’est si difficile d’entendre les préjugés des autres quand nous essayons de nous débarrasser des nôtres. La culpabilité est déjà tellement présente en nous, les gens ne comprennent pas à quel point leurs mots peuvent être destructeurs. En effet, il faut se préserver et savoir tourner le regard pour se protéger. Il n’est pas facile de rester forte à tous les jours. Bravo pour ton courage et merci pour ton témoignage. Tu as raison, il ne faut pas rester isolées, il faut parler, il faut enfin que la honte change de camp. Il est temps…

    • Reply Ransa 25 novembre 2018 at 16:47

      Merci pour ton retour 🙂 En effet, c’est difficile d’avoir du recul en étant victime. J’espère que toutes les victimes réussiront à se reconstruire et à développer leurs résilience.

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